Une journée-type



Proche entourage ou personnes éloignées de la sphère artistique, on me demande souvent :

« Mais à quoi donc occupes-tu tes journées ? Tu restes scotchée à ton ordi, tu regardes la télé, tu fous rien en attendant que ça vienne ?... »

 

J'ai réalisé qu'effectivement, vu de l'extérieur, la journée d'un auteur (lorsqu'il a choisi de consacrer l'intégralité de son énergie à l'écriture), avait de quoi dérouter. Nous sommes continuellement à la maison, nous ne sommes soumis à aucune contrainte horaire, nous travaillons de façon isolée et solitaire, et le produit de notre travail met des mois à se matérialiser.

Je n'aborderai pas ici la question financière, déjà évoquée dans de précédents billets ou dans mon carnet de bord annuel, mais uniquement l'aspect « productivité ».

Ronron

Être auteur est-il un métier de planqué et de fainéant ? Réponse :


Lever : 7h

Etire

Il n'y a que le week-end que je m'accorde un peu de relâchement, mais il est excessivement rare que je flemmarde passé 8h de toute façon. Pourquoi ? Parce que mes histoires m'obsèdent, et que la première chose à laquelle je pense lorsque je sors des songes, ce sont les contes ! Je vis dans un monde d'histoires, où mes personnages m'accompagnent continuellement, et où je vibre à l'idée de leur donner vie. En général, dès le réveil, j'ai envie de reprendre contact avec eux.


 

Transition :

Maman

Un auteur a une vie, comme tout le monde. Emmener mon fils à l'école, accomplir les tâches ménagères... Durant deux heures, je me prépare pour ma journée de travail exactement comme vous.


Attablement : 9h, c'est parti.

Attaque


Je n'ai pas de bureau, je m'installe donc à l'unique table dont je dispose, avec un ordinateur portable que je remets au placard chaque soir.
Équipée d'une thermos de thé que je réapprovisionnerai plusieurs fois dans la journée, je commence par checker mes réseaux sociaux, répondre à mes mails, etc... Une sorte de mise en jambe, qui me permet de commencer ma journée en me connectant au reste du monde. C'est vital pour moi. Parce qu'ensuite, je suis seule. Pas de collègues, pas de hiérarchie, pas de présence humaine avant 17h. En outre, j'écris avant tout pour transmettre quelque chose, il s'agit d'un acte dirigé vers les autres, ce rituel est donc galvanisant et savoureux.

 

Ensuite, je définis un ordre de priorité dans les écrits sur lesquels je vais travailler. En fonction de mes contacts avec mon agent, en fonction des demandes de producteurs, je sais si je dois me pencher sur l'aspect scénaristique de mon activité, ou sur l'aspect romancier. Le premier étant plus rémunérateur que le second, je passe proportionnellement plus de temps sur l'amélioration ou la création de nouveaux projets audiovisuels, que sur la promotion de mon premier roman ou l'écriture du second. Mais il arrive qu'il y ait des moments de pause dans mes rapports avec les maisons de production. Je m'adapte donc aux circonstances pour avancer partout, régulièrement.
 

J'adore cet aspect de mon activité. Passer d'une histoire à une autre en fonction des urgences ne me pose aucun problème, bien au contraire : avoir plusieurs casseroles sur le feu démultiplie chez moi la créativité, la concentration, et l'enrichissement de mes histoires. La prise de recul que cela entraîne est très, très souvent salvatrice et me permet de considérablement améliorer mes écrits.

 


Pause : 12h

Faim

Elle est très courte. Jamais plus d'une heure. C'est la faim qui me l'impose, mais je mange très peu, parce que j'ai passé trois heures assise sans bouger... Je crois que garder la ligne quand on est auteur fait partie des défis du métier ! C'est le seul moment où j'allume la télévision, pour y regarder quelque chose de relaxant, du type « Friends » ou « Drop dead diva ». Ça me permet de sortir un peu de mon monde, tout en gardant un pied dedans. Je m'autorise le relâchement, je m'interdis de réfléchir sur ce que j'ai rédigé toute la matinée, et très souvent, je fais du coloriage déstressant pour me vider la tête. Je n'ai rien trouvé de plus efficace que ça ! Accroc.


Reprise : 13h

Loin

 

C'est reparti. Je me replonge dans ma liste de priorités et j'avance. Pour forcer ma concentration, je me fixe souvent un objectif précis : avoir terminé telle fiche de personnage avant la fin de la journée, ou avoir rédigé tel aspect de l'histoire avant telle heure, etc... Si je n'y arrive pas, je n'en fais pas de cas, il s'agit juste de m'imposer une certaine productivité, parce que lorsqu'on est seul et libre de son temps, on en vient vite à s'éparpiller ou à traîner. La rêverie est un piège de tous les instants. De cette façon, je m'en détourne au maximum.


Pause : 15h30

Marche


Celle-là, je ne peux pas m'en passer. Il me faut 30 minutes de marche, sinon je deviens folle. Je m'oblige, quel que soit le temps, à sortir, à bouger. J'habite dans un quartier agréable, en bord de Loire. La plupart du temps, je fais le tour en marchant d'un pas soutenu, et de la musique sur les oreilles. Pendant cette sortie, je n'arrête pas de travailler. La musique m'inspire, m'insuffle des images et des émotions que je vais ensuite intégrer dans mes écrits. Il est fabuleux de constater à quel point la réoxygénation du cerveau augmente la qualité de votre réflexion. Lorsque je rentre, j'ai souvent la sensation d'être « neuve ».


Court

Je me remets au travail jusqu'à 18h. Je retourne sur les réseaux sociaux, refais un check-up complet de mon environnement... et puis je coupe tout. Jusqu'à récemment, je travaillais à nouveau le soir, mais j'ai fini par m'apercevoir que l'obsession du boulot embuait mon esprit bien plus qu'il ne m'aidait à avancer. Dorénavant, je consacre mes soirées à des activités de détente ou de documentation, et je m'interdis de repenser à mes écrits.


 

Voilà à quoi ressemblent mes journées.

Entrer dans le détail de mon travail fera l'objet d'un autre billet, et s'adressera surtout à des aficionados. Mais au moins, à présent, vous savez ce que je fais pendant que, de votre côté, vous accomplissez vos tâches également. Être auteur, à mon sens, (je parle bien ici des individus qui ont choisi l'écrit pour profession), ce n'est pas se laisser porter par le courant et travailler quand « on le sent ». Pour avancer et progresser, il faut aussi considérer son activité comme un véritable métier, qui exige discipline et travail régulier, forte implication et concentration.

Il m'arrive d'être lassée de ces journées de création solitaire. Il m'arrive d'avoir envie de faire autre chose. Mais finalement, je ne suis jamais parvenue à « décrocher ». Même si je vis dans la précarité et un manque avéré de moyens financiers, je me sens à ma place. Et je crois que c'est ça, la véritable liberté.
 

Liberte

 

 

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