"Bible" de série télé : ce qu'elle doit contenir


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Derrière chacune des séries qui passent à la télévision,
se dissimule l'un des documents les plus secrets des maisons de production.
Un document qu'il est extrêmement difficile de trouver sur le net, et pour cause :
il est à la fois l'âme, et l'avenir de la série qu'il présente. Il recèle tout ce qui la fonde.
Comment ce dossier, qui atteint parfois 30 pages, se présente-t-il ?

Entrez dans les coulisses de la création...


 

 

La bible : le fœtus d'un monde
  

Une bonne série est une série qui accroche dès la première saison, et qui évolue ensuite continuellement. Personnages complexes et nombreux rebondissements sont les ingrédients essentiels à une recette qui marche.
Mais pour devenir addictive, la série doit d'abord en avoir le potentiel. Il lui faut présenter des aptitudes, des pré-requis, qui font toute la différence avec les « séries feu de paille » dont on se lasse rapidement.

C'est dans la bible, que "dort" tout ce potentiel.
Ce document qui atteint souvent plusieurs dizaines de pages, ne se contente pas d'énoncer une idée en quelques lignes, deux ou trois paragraphes au sujet des personnages, et youpi c'est parti. Non. La bible présente tout un monde. De quoi sera-t-il fait, quelle est son histoire, quelles règles le régentent, et à travers quels personnages vivrons-nous les aventures qui s'y dérouleront. Comment l'ensemble sera-t-il susceptible d'évoluer, quels enjeux devront être développés pour nous faire vibrer, quels conflits alimenteront les intrigues...
En bref : la bible est le fœtus de la série. Elle est censée être dotée de tout le nécessaire pour pouvoir fonctionner et évoluer. Si elle présente des "malformations" ou des "carences", il sera difficile ensuite de les compenser, et encore plus de les dissimuler.
Une bonne série est donc, toujours et d'abord, une bonne bible.


 

Le pitch :

Le pitch est le résumé de la série, en cinq lignes maximum. Pas d'un épisode, mais du concept tout entier. Dans ces 5 lignes, il faut exposer le contexte, l'enjeu central, et faire passer tout le potentiel de développement.
"Pitcher" une série peut se faire de plusieurs centaines de façons, mais seules quelques formulations sont les bonnes et parviendront à accrocher les producteurs, à les mettre en confiance pour lire la suite... c'est la raison pour laquelle on met souvent plusieurs heures à l'élaborer correctement.


Le concept :

Viennent ensuite une ou deux pages, dont le rôle est de développer les cinq lignes précédentes. Dans ces deux pages, on entre de façon plus technique dans l'écriture scénaristique.
On va y parler de "principes narratifs". Par exemple, dans le cas d'une série policière, le scénariste devra expliciter comment se dérouleront les enquêtes, par quels ressorts récurrents passera sa création. Dans quel contexte, quelle ambiance générale s'étireront les épisodes. Si un caractère feuilletonnant est prévu au niveau des personnages ou d'une éventuelle intrigue de fond, c'est ici qu'il doit être exposé.
C'est dans cette page qu'on sent toute la "vibration" de la série. Le scénariste y raconte ce qu'il veut faire, exactement comme lorsque nous résumons une série qui nous passionne à quelqu'un qui ne la connaît pas.
Ces deux pages sont les plus importantes de tout le dossier. Chaque mot doit y être pesé, être fort et parlant, pour générer chez le producteur l'envie de concrétiser la proposition. Ces deux pages doivent "transpirer le potentiel".


Le résumé de la saison 1 :

Pour démontrer que le concept marche, il faut ensuite le passer à la moulinette des intrigues. Il faut présenter, à travers les pitchs de 6 à 8 épisodes, tout un mode de fonctionnement et un déroulement qui enthousiasmeront par leur originalité, leur puissance et leur cohérence. C'est l'épreuve du feu. C'est ici que le concept perd du souffle s'il a été mal pensé.
Une bonne première saison doit démarrer sur les chapeaux de roues, tout en présentant les personnages et en les rendant attachants. Elle doit poser le contexte sans déstabiliser le spectateur, tout en générant suffisamment d'activité ou de questionnement pour susciter l'intérêt...
C'est souvent en rédigeant la saison 1 que l'on réalise que l'on n'a pas assez travaillé le concept, et qu'il nous manque des éléments pour pouvoir tenir la distance.


La présentation des personnages :

Dans les séries, ils sont souvent bien plus importants que l'intrigue. La plupart du temps, les spectateurs suivent une série avec assiduité parce qu'ils se sont attachés aux personnages, et qu'une forme d'addiction s'est enclenchée. Il faut donc tout particulièrement les ciseler, les enrichir, les complexifier.
En une demie-page pour chacun, vous devez faire passer tout le charisme de vos protagonistes. Quelle est leur personnalité, quel est leur rôle dans la série, que sont-ils censés apporter ou chambouler ? Si vous pensez leur développer un relationnel fort qui interfèrera directement avec les histoires, il faut le mentionner et l'expliquer.
Un bon personnage est un personnage qui va poser problème, ou qui en a suffisamment lui-même, pour créer du conflit, des tourments, de l'inattendu. Il doit être aussi fascinant que proche de nous, nanti de forces et lesté de faiblesses, car nous devons pouvoir nous identifier à ses émotions et ses épreuves, autant que nous souhaitons qu'il force notre admiration ou notre agacement.
Pour créer des personnages fouillés et endurants, quelques notions de psychologie sont un plus déterminant. Les scénaristes sont souvent empathiques ou très intéressés par la psyché. Ce sont des qualités essentielles dans leur métier.


La note d'intentions :

Elle est souvent négligée, alors qu'elle est LA cerise sur le gâteau. Le petit plus qui fait que la série proposée ne sera pas une énième recette lambda avec une oncette d'originalité, mais bien plus que cela... elle servira un propos, des idées, des thématiques.
Par exemple : une simple série policière se contentera d'élaborer des enquêtes aux trames bien ficelées. Mais une série policière "addictive" vous fera passer, de façon subliminale, toute une vision de notre société, du monde, de la vie. Elle abordera des sujets difficiles, ou controversés, ou risqués, qui apporteront ce supplément d'âme, cette dimension forte que nous avons souvent du mal à formuler quand nous parlons d'une création qui nous parle, qui nous touche particulièrement.
La note d'intentions, c'est l'esprit de l'auteur. Son message. Lorsqu'elle est vide ou bâclée, cela signifie qu'il n'a finalement pas grand-chose à raconter, et qu'il a cherché à faire du formaté. C'est dans cette note qu'on peut parler philosophie, objectifs de narration, préoccupations sociétales ou comportementales...
Car toute histoire digne de ce nom, est censée être un prisme, un angle de vue, une photographie de l'espace-temps qu'elle a choisi de relater.



 

Voilà ce qu'est une "bible de série télé".
Un travail énorme. Une créativité contrôlée. Une formulation longuement élaborée.
Pensez-y lorsque vous regarderez votre série préférée.
Derrière la passion qu'elle génère en vous,
se trouve cachée l'essence même de la création.


 

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Date de dernière mise à jour : 05/07/2016