La tendance des "romans complotistes"



Ce billet est paru sur le blog de Missing In Action, duo d'auteurs pas comme les autres, avec lesquels je partage le goût de la littérature percutante et engagée :
 

Pour répondre à l’invitation des auteurs MIA, et puisque nous avons écrit des « livres-frères » à caractère rebelle et quelque peu coup de poing ;), parlons de cet engouement relativement récent des auteurs et des lecteurs, pour les fictions « complotistes ».

Il en sort de plus en plus, tel le symptôme d’un virus, mais elles peuvent être répertoriées en deux catégories différentes : il y a les histoires purement fictives de l’ordre du fantasme, et il y a les œuvres informatives de type « fouteuses de bordel ». Pardonnez l’expression, je la trouve adéquate.

C’est la seconde catégorie qui m’intéresse, puisque les œuvres des Éditions Hélène Jacob qui s’inscrivent dans ce genre en font toutes partie.

Rémoras a ouvert le bal avec ses agents secrets retraités légèrement embourbés dans une réalité qu’ils ont eux-mêmes façonnée, Game Over s’attaque à la finance internationale en nous relatant une cyberattaque dont on commence déjà à pressentir qu’elle n’est peut-être pas si fictive que ça, et La 3e guerre braque les projecteurs sur la réaction que les Populations devraient se presser d’adopter pour changer le cours des choses…
 

On est au cœur du sujet : la fiction comme outil pour décrypter et transcender notre réalité, l’imaginaire au service de l’intellect pour lui éviter l’EEG plat, le divertissement comme coup de pied aux fesses pour nous rappeler qu’on ferait mieux de s’occuper de notre réel avant qu’il ne soit trop tard.
 

On me dit souvent qu’on n’a pas besoin de la littérature pour comprendre notre Monde, que les essais et autres « livres très sérieux » s’en occupent, et que mon rôle à moi, à nous « conteurs », c’est de divertir et émouvoir sans se poser de question.
Je crois tout le contraire.
Je crois que sans une « fiction informative », une fiction impliquée qui aime entraîner son lecteur dans un monde qui s’avère finalement être le sien, nous risquons vite de ne plus chercher à comprendre quoi que ce soit. Noyés chaque jour sous une chape d’informations qui n’en finit pas d’épaissir, nous avons besoin de l’imagination en tant que reflet du réel pour aimer nous poser des questions. À l’heure actuelle, cette littérature-là est de l’ordre de la prescription médicale pour la société malade dans laquelle nous vivons, et pour deux raisons :

  • D’abord parce que la fiction est aussi efficace qu’un airbag : vous êtes conscient qu’il y a accident, mais vous bénéficiez d’un amorti. Ça permet de réfléchir au contexte sans se manger le volant.
  • Ensuite, parce que plonger dans un imaginaire qui reste connecté à la réalité, c’est comme faire de l’apnée : vous revenez avec des sensations et des idées que vous n’auriez jamais eues en surface.

La littérature « complotiste » renferme à elle seule une réalité déformée par le questionnement, et une fiction qui tente de lui apporter des réponses. Elle cherche et trouve en même temps, propose et incite en même temps, elle est le creuset de notre époque et des voies qui s’offrent à elle. Lorsqu’elle repose sur une solide documentation ou une expérience réelle, comme c’est le cas pour les livres sus-cités, elle a toute sa légitimité, et je dirais même, toute son utilité.

Aujourd’hui, on étudie la dimension « visionnaire » du 1984 de Orwell à l’Université… En son temps, ce livre était considéré comme une grandiose histoire d’anticipation…

Nous verrons dans vingt ans, si les constats et avertissements lancés de nos jours par des auteurs « débordants d’imagination », ne trouveront pas, eux aussi, un écho résonnant… un écho qui leur donnera, a posteriori et regrettablement, tout leur sens.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau